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Islam & Laïcité >> Séminaire du 17 juin 2008

Le « communautarisme » en questions



Un séminaire d’Islam et laïcité

Le 17 juin 2008, de 14 heures 30 à 17 heures 30,

à la Ligue de l’enseignement, 3 rue Récamier, 75007 Paris

Présentation du séminaire

Les interventions au cours du colloque qu’Islam et Laïcité a organisé les 7 et 8 décembre 2007 à l’Unesco à Paris ont montré la complexité de l’avènement historique des nations et donc de l’émergence des identités nationales au cours des deux derniers siècles. Corps politique national et communauté culturelle ont été construits le plus souvent ensemble, notamment à travers des processus de sécularisation et de nationalisation du religieux. Aujourd’hui, il y a d’autant plus de difficultés à appliquer ces vieux processus aux religions qui se sont développées avec l’immigration, notamment l’islam, que les populations concernées étaient, durant la phase coloniale et après, exclues socialement et, d’une façon ou d’une autre, politiquement.

Dans ce contexte, marqué aussi par la globalisation et les conséquences diverses du recul relatif des États-nations, le débat autour de la notion de « communauté » est largement surdéterminé par des enjeux rarement explicités. Le terme même de « communautarisme » présente un paradoxe : très couramment utilisé dans les débats depuis les années 1980, il ne figure cependant pas dans les dictionnaires, même les plus récents. Comme beaucoup de termes en isme, il est généralement utilisé avec une intention critique, comme le note P.A. Taguieff, pourtant adversaire revendiqué du communautarisme.

Ceci dit, quelle définition ?

Celle qui est le plus souvent citée sur les divers sites qui abordent la question est celle de P.A. Taguieff, tirée d’un article paru dans Le Figaro en juillet 2003. Pour l’auteur, on peut définir le « communautarisme » de deux manières, avec chacune une opposition. Le communautarisme renverrait d’abord à « toute forme d’ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi ». En ce sens, il s’oppose à l’individualisme et à l’ouverture aux autres.

Mais le terme désigne aussi « une idéologie dont la fonction serait de légitimer la reconstruction de groupements d’individus selon leurs origines, précisément des “communautés”, dans le cadre des États-nations modernes fondés sur le principe normatif de l’homogénéité culturelle et ethnique, donc dans un espace politique post-communautaire. En ce sens, “communautarisme” s’oppose à “nationalisme” ou à “nationisme”. La “communautarisation” constitue une contestation interne de la construction nationale. »

Dans le débat réel, le communautarisme fonctionne aujourd’hui de façon fortement polémique et a presque toujours un sens péjoratif. En conséquence, son usage est asymétrique : personne ne se réclame du communautarisme, il n’est utilisé que par ceux qui combattent les groupes qu’ils soupçonnent, plus précisément accusent, de « communautarisme ».

Dans les faits, on a donc souvent affaire à une étiquette sans contenu explicite, qui est censée servir d’argument en soi. La charge réelle est dans l’implicite, que Taguieff « dévoile » dans le même article : le « communautarisme » irait de pair, pour ceux qui utilisent le terme, avec le multiculturalisme ; il serait le contraire de la République au sens où les « républicains » entendent ce mot.

Quelle approche pour Islam et laïcité ?

Quand nous avons mis en forme la problématique de notre dernier colloque, nous avons pris grand soin d’utiliser le(s) pluriel(s) : identités, appartenances, diversités. Nous tenions ainsi à signifier, par le vocabulaire utilisé, les identités et appartenances multiples de chaque individu. De ce point de vue, le repli sur une « communauté », qui est peut-être la façon la moins polémique de désigner le « communautarisme », revient à renoncer à une partie de cette richesse et à rabattre l’individu sur une seule de ses dimensions. Parmi toutes nos identités, l’une l’emporterait sur les autres et servirait de critère pour organiser la société en groupes distincts. Cette « réduction » est problématique au regard de la laïcité, et notamment de sa visée émancipatrice. La laïcité vise en effet, entre autres choses, l’épanouissement individuel, en dehors de l’emprise des dogmes et des dominations.

D’un autre côté, nous devons aussi nous garder de la cécité sociale propre à une certaine conception abstraite de la République et de ses valeurs. L’égalité réelle reste une chimère pour une partie de la population, notamment dans les quartiers et pour les personnes issues de l’immigration. Pour Jean-Paul Fitoussi, dans un article du Monde de juillet 2007, « la tentation du communautarisme, en débat depuis au moins une décennie, vient du désir de positiver l’échec de l’égalité réelle. Elle propose une intégration par défaut, dans l’espace différencié des communautés ». Mais, pour l’auteur, le communautarisme n’est jamais « qu’un décor masquant la rupture du principe d’égalité ». Saïd Bouamama, dans sa contribution à notre colloque, dit les choses un peu autrement : « Sinon [c’est-à-dire si rien ne change], c’est dans une dynamique de sécession sociale que nous irons. Mais ce n’est pas une sécession sociale choisie et voulue par les habitants des quartiers populaires, c’est une sécession sociale choisie et voulue par ceux qui gèrent la société. Autrement dit, si communautarisme il y a en France, c’est bien le communautarisme des riches et non pas celui des quartiers populaires. »

L’originalité d’Islam et laïcité, que nous partageons heureusement avec d’autres, est de combiner ces deux approches : le refus de principe du communautarisme comme modèle d’organisation de la société mais aussi la volonté de mettre au jour les causes profondes de la « tentation communautariste » visant à formuler en positif une revendication d’égalité

Programme du séminaire

14 heures 30 à 15 heures 30 : La séance (et le débat) seront être introduits par Joël Roman, qui présentera la problématique générale des débats autour du « communautarisme », en intégrant des exemples tirés de l’expérience d’autres pays.

15 heures 30 à 16 heures 15 : Interventions de « discutants », à partir d’une expérience de terrain dans une association ou une institution. Interviendront dans ce cadre : Michel David, président de l’association D’un monde à l’autre de Roubaix, Abdelaziz Chaambi, de l’association DiverCité de Lyon.

16 heures 15 à 16 heures 30 : Pause

16 heures 30 à 17 heures 30 : Débat

Compte tenu du nombre limité de places, il est prudent de s’inscrire, par courrier électronique à

secretariat@islamlaicite.org

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* Thème(s) associé(s) à l'article :
Communautarisme


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Séminaire du 17 juin 2008 - ( PDF - 55.6 ko)