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Islam & Laïcité >> Revue de presse

"Les accusations de communautarisme me paraissent surtout une manière de stigmatiser l’islam" (Le Monde, 26 juin 2008)



Les affaires de non-mixité dans des lieux publics, souvent liées à des revendications religieuses, relancent de manière récurrente le débat sur la laïcité. Ces pratiques constituent-elles des atteintes aux principes de laïcité ?

J’aimerais que ceux qui voient là une violation de la laïcité me disent à quelle loi ils se réfèrent pour affirmer cela.

La mixité dans notre société n’a pas été créée au nom de la laïcité. Elle est un phénomène récent. Jusqu’à récemment, il n’existait que des écoles non mixtes pour filles et pour garçons, et personne ne voyait là une atteinte à la laïcité. Vouloir de la mixité partout est une nouvelle exigence, qui correspond surtout à une évolution des moeurs et de la conscience sociale. Sauf à tenir un discours militant, il n’y a guère de raisons d’invoquer les grands principes et je ne vois là que des cris d’orfraie.

Quant aux accusations de communautarisme, elles me paraissent surtout une manière de stigmatiser l’islam. Je voudrais que l’on mette autant d’énergie à établir l’égalité hommes-femmes dans notre société qu’à pointer le communautarisme islamique.

Quelles sont alors, selon vous, les réelles violations des principes de laïcité ?

Lorsque la liberté publique de conscience est bafouée, alors là, d’accord, la laïcité est violée. Car la liberté de conscience est l’un des principes premiers de la laïcité. Quant au débat sur le financement public des lieux de culte, on est en pleine confusion entre les principes et les pratiques. Par rapport au non-financement prévu par la loi de 1905, on a multiplié les biais et les exceptions. Aujourd’hui, les collectivités locales trouvent mille et une manières pour aider à la construction et à l’entretien des lieux de culte. Localement, les élus gèrent cela au mieux et je les admire. A mes yeux, il ne s’agit pas là de violation mais d’une évolution. A condition de ne pas dogmatiser. Dans notre pays, la fraude fiscale est mieux installée que la fraude laïque !

La justice, une partie des élus et de l’opinion publique montrent une grande vigilance sur ces questions et condamnent les revendications identitaires...

Beaucoup de décisions judiciaires ou administratives vont effectivement dans ce sens. Cela s’explique en partie par l’inculture de la majeure partie des jeunes magistrats sur les questions de culte et de religion. Face à ces problèmes, les décisions sont souvent "anticléricales".

En outre, la société paraît de plus en plus intolérante par rapport à la différence. A une époque, les crispations portaient sur les témoins de Jéhovah, aujourd’hui, elles se cristallisent sur le sentiment de communauté distincte. Alors, il est vrai que par rapport à des revendications identitaires ou religieuses, on ne peut pas faire l’économie de notre héritage historique. Et il paraît évident que le chant du muezzin trouble l’équilibre social. Plus, d’ailleurs, qu’il ne trouble la laïcité. Et, aussi regrettables et passéistes soient-elles, les questions de non-mixité exigées par certaines religions sont du même ordre.

Propos recueillis par Stéphanie Le Bars

Article paru dans l’édition du 27.06.08.





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Communautarisme