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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Ouverture saoudienne (Le Monde, 17 juillet 2008)



Ouverture saoudienne

Personne n’aurait l’idée d’associer à l’Arabie saoudite l’audace en matière de religion. L’islam s’y pratique dans sa forme la plus rigoriste, le wahhabisme, variante de l’une des quatre grandes écoles de pensée de l’islam sunnite, le hanbalisme. Le royaume est également réputé pour son inflexibilité vis-à-vis des autres religions, qui ne peuvent s’y pratiquer que dans la plus complète clandestinité. Cette intransigeance concerne tant les milliers d’émigrés philippins, majoritairement catholiques, que les Saoudiens chiites et ismaéliens des provinces du Hasa et de Najran, trop souvent tenus pour des mécréants par les cheikhs sunnites les plus radicaux.

C’est pourtant le souverain saoudien, le roi Abdallah Ben Abdelaziz Al-Saoud, qui a ouvert mercredi 16 juillet sur une terre ô combien symbolique, l’Espagne, une conférence interreligieuse qui affiche la volonté de rassembler les trois grandes religions du Livre, habituées jusqu’à présent à des dialogues séparés. Venant d’un homme longtemps présenté comme un fieffé conservateur, parvenu au soir de sa vie, en 2005, aux plus hautes responsabilités au pays de La Mecque et de Médine, l’initiative force le respect.

Premier souverain saoudien à s’être rendu au Vatican, où il a rencontré Benoît XVI, Abdallah ne craint pas d’évoquer aujourd’hui les valeurs communes du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Dans le même esprit, il multiplie les signes d’ouverture vis-à-vis des chiites, en Arabie comme ailleurs, même s’il reste encore beaucoup à faire pour désarmer des détestations séculaires.

Cette ouverture répond aussi à des intérêts bien compris. Le royaume tente de changer d’image depuis les attentats de 2001, dont les auteurs étaient en majorité saoudiens. Il est aujourd’hui dans la ligne de mire des islamistes extrémistes qu’il avait armés et qui se sont retournés contre lui après avoir guerroyé en Afghanistan. Les non-croyants, enfin, auront certainement du mal à s’ébaubir du dialogue entre un islam encore très rigide et le catholicisme défensif que le pape Benoît XVI, l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’efforce d’édifier. Parce que la religion est encore trop souvent manipulée pour servir la haine, la conférence de Madrid n’en est pas moins une excellente nouvelle.

© Le Monde

Le roi Abdallah, promoteur du dialogue interreligieux

Le souverain d’Arabie saoudite préside, à Madrid, une conférence mondiale réunissant des représentants des trois religions monothéistes

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite devait présider, mercredi 16 juillet, l’ouverture d’une conférence mondiale sur le dialogue interreligieux qui se tient à son initiative pendant deux jours à Madrid. Le roi Juan Carlos devait être présent, aux côtés du secrétaire général du Congrès juif mondial, Michael Schneider, et du cardinal Jean-Louis Tauran, responsable du dialogue avec l’islam pour le Vatican.

Cette rencontre constitue un pas supplémentaire du souverain saoudien dans la promotion du dialogue entre l’islam, le christianisme et le judaïsme. Un sujet d’intérêt récent mais constant pour ce représentant d’un pays marqué par la doctrine la plus rigoriste de l’islam, le wahhabisme, une variante de l’école hanbalite, et où sont toujours proscrits les lieux de culte autres que musulmans.

Le 6 novembre 2007, sa rencontre historique, à Rome, avec le pape Benoît XVI s’inscrivait déjà dans cette volonté de rapprochement. Le mois suivant à La Mecque, à l’occasion de l’Aïd el-Adha, qui marque la fin du pèlerinage, le roi avait invité, le 20 décembre, les musulmans à se rappeler " ce qui réunit les religions, les croyances et les cultures ".

Soucieux d’améliorer l’image de l’islam, le souverain souhaite " contrer les défis de l’enfermement, de l’ignorance et de l’étroitesse de vue, pour que le monde comprenne les préceptes de l’islam sans animosité ". Organisée par la Ligue islamique mondiale (LIM), une organisation basée à La Mecque et proche du pouvoir saoudien, la rencontre de Madrid, qui devrait rassembler quelque 220 représentants des trois monothéismes, vise aussi à " promouvoir la justice et la paix, préserver la structure familiale et faire face aux fléaux du terrorisme, de l’injustice et des stupéfiants ".

En juin, le souverain saoudien avait défendu son idée devant des centaines de savants musulmans, sunnites et chiites, réunis à La Mecque. Il leur avait rappelé que les valeurs communes aux trois monothéismes " répugnent la traîtrise, rejettent le crime, combattent le terrorisme ". Depuis son accession au trône, en 2005, le roi Abdallah, " gardien des saintes mosquées " de La Mecque et Médine, s’efforce aussi d’atténuer les antagonismes entre les deux grands courants de l’islam que sont le sunnisme et le chiisme.

L’initiative saoudienne a été condamnée par un responsable d’Al-Qaida en Afghanistan, qui, dans un enregistrement diffusé sur Internet en mai, a estimé qu’un rapprochement entre les religions conduirait à la présence d’églises au coeur de la péninsule Arabique. Alors qu’il existe de tels édifices au Koweït et aux Emirats arabes unis, la première église construite au Qatar, qui observe également les préceptes du wahhabisme, a été inaugurée en mars. Sans citer le roi Abdallah, le responsable d’Al-Qaida a appelé à affronter " le tyran malveillant ", ajoutant que ses partisans n’accepteraient " aucun rapprochement, aucune coopération avec les autres religions ".

S’il ne fait pas l’unanimité dans une partie du monde musulman, le dialogue interreligieux intéresse visiblement les cercles intellectuels, suscitant même des projets concurrents. L’initiative du roi saoudien, après les conférences annuelles déjà organisées au Qatar, s’ajoute en effet à celle du prince jordanien Ghazi ben Mohammad ben Talal, lancée en octobre 2007 pour tenter de renouer des relations apaisées avec les catholiques après le discours controversé tenu par le pape à Ratisbonne (Allemagne) en 2006 sur les liens supposés entre islam et violence.

Après un échange de lettres entre le Vatican et 138 dignitaires musulmans (aujourd’hui 255), originaires de 40 pays (dont l’Arabie saoudite) et de divers courants de l’islam, le principe d’un forum catholiques-musulmans a été arrêté. Une première rencontre, à laquelle assistera le pape, est prévue début novembre à Rome. Mais la présence de La Mecque et de Médine en terre saoudienne confère à l’initiative d’Abdallah un prestige sans égal.

Stéphanie Le Bars

© Le Monde





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Arabie saoudite - Islam - Religions monothéistes