Forum Social Mondial 2015

Quelque 4 300 organisations de 120 pays vont participer à Tunis, du 24 au 28 mars,  au FSM  et débattre des questions sociales culturelles et géopolitiques d’actualité.
La Commission Islam et Laïcité participe au Forum sur le thème « Religion et émancipation ».
Vous pouvez télécharger la contribution de Pierre Saly à cette thématique : Religion et émancipation

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Que recouvre le terme d’islamophobie?

Racisme et actes xénophobes

L’Humanité

Mercredi, 18 Mars, 2015

AFP
Débat avec Marwan Mohammed Sociologue chargé de recherches 
au CNRS Éric Coquerel Coordinateur politique du PG, conseiller régional d’Île-de-France et David 
Isaac Haziza Ancien élève 
de l’ENS ULM, doctorant 
à Columbia University
  • Islamophobie et critique des religions. Au-delà des mots par Marwan Mohammed Sociologue chargé de recherches 
au CNRS

Dans un communiqué du 12 mars 2015, l’un des leaders du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s’est réjoui de la condamnation, pour diffamation à son encontre, d’Alain Juppé, de Jean-François Copé et de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui l’avaient accusé de nourrir l’antisémitisme. En conclusion de son communiqué, M. Mélenchon rappelle à juste titre que « cette banalisation dans l’accusation d’antisémitisme est irresponsable et dangereuse pour la République ». Ce qui est dit très justement dans cette phrase, c’est que certaines utilisations des mots qui nous servent à désigner les différentes formes de racisme sont malhonnêtes, dangereuses et parfois simplement erronées. Et il a raison. Mais le problème vient-il des mots ? Non. Faut-il les bannir en raison de leurs mésusages ? Non plus, et tant mieux, car, par exemple, le mot antisémitisme, malgré ses nombreuses imperfections, est nécessaire pour désigner cette forme de racisme qui, comme toutes les autres, est odieuse, a sa propre histoire et vise une partie spécifique de la population (ce qui ne doit pas occulter la nécessité de combattre tous les racismes ensemble, dans la convergence et sans hiérarchisation). La nécessité de distinguer un concept et ses usages est donc une idée banale qui pourrait s’appliquer au mot islamophobie, mais que refusent des personnalités publiques et des organisations, dont le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Ceux qui pointent le fait qu’il y a un risque de pervertir le terme d’islamophobie pour faire taire toute critique de la religion musulmane ont raison sur le fond. Mais est-ce le terme ou certains de ses usages qui posent problème ? Faudrait-il alors bannir tous les mots susceptibles d’être instrumentalisés ? Pour dépasser ces polémiques sans fin et parfois douteuses sur le terme d’islamophobie – au lieu de se focaliser sur la réalité de plus en plus alarmante qu’il désigne –, il est toujours possible d’exercer ce sens critique, que l’on chérit tant, sur les usages dont il fait l’objet dans le débat public. Continuez la lecture

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Pas au nom du féminisme !

Julie PAGIS

Libération 13 mars 2015

Après avoir essayé de surfer sur l’«esprit du 11 janvier» pour faire passer la loi Macron (qui détricote encore plus le droit du travail), encouragé les enseignants à signaler les élèves récalcitrants à la minute de silence, voilà que notre gouvernement, par la voix de sa secrétaire d’Etat aux droits des femmes, Pascale Boistard, avance la proposition d’interdire le port du voile à l’université. Comment en est-on arrivés à ce que la laïcité et le féminisme se retrouvent, une fois encore (mais ici par le PS), instrumentalisés au profit de politiques discriminatoires ?

Qui seraient les personnes visées par une telle loi ? Des femmes, majeures, musulmanes. Il s’agirait donc de discrimination sexiste. Au nom du féminisme. Pour résumer : les partisans de cette proposition prônent une loi qui viserait finalement à exclure du système éducatif ces femmes qu’ils prétendent vouloir défendre !

Comme le soulignent les universitaires à l’origine d’une lettre ouverte à Mme Boistard, publiée le 8 mars dans Libération (qui a reçu l’appui de plus de 1 800 universitaires à ce jour et à laquelle je me suis associée, en tant qu’universitaire et féministe), cette dernière ne peut ignorer que depuis plus de dix ans, la question du voile «n’a fait qu’instrumentaliser à moindres frais les droits des femmes au profit de politiques racistes, aux relents paternalistes et colonialistes». Ni que la laïcité, c’est l’interdiction du port de signes religieux pour les agents de l’Etat et non pour les citoyens auxquels la loi garantit, par contre, la liberté de culte.

C’est à ce titre que l’exclusion des filles voilées de l’école primaire avait été condamnée par le Conseil d’Etat, lors de la première «affaire du voile» en 1989, comme une forme de discrimination religieuse contraire au principe de laïcité garanti par la Constitution. L’évolution du contexte sociopolitique et la progressive fabrique du «problème musulman» (1) ont rendu possible la remise en cause de cette décision par la loi de 2004 qui interdit le port de signes religieux dans les établissements primaires et secondaires publics. Et l’on assiste, depuis, à une progressive exclusion des femmes portant le foulard de la sphère scolaire et économique (des employées de crèches privées subventionnées, aux mères d’élèves interdites d’accompagner les sorties scolaires par la circulaire Châtel de 2012), au nom d’acceptions toujours plus extensives de la «mission de service public».

La proposition d’interdiction du voile dans l’enseignement supérieur correspond ainsi à une étape supplémentaire du processus de discrimination légale par capillarité analysé par les sociologues Hajjat et Mohammed (1). Si elle a été désavouée par M. Valls (pour l’instant), elle n’en porte pas moins la potentialité d’un racisme et d’un sexisme d’Etat.

Mais d’où vient, et à quoi sert, cette proposition ? Elle n’est pas issue de la communauté universitaire qui n’a jamais constitué cette question en «problème», contrairement à celles du harcèlement sexuel et du sexisme à l’université, de la casse des services publics d’enseignement, de la fermeture des services sociaux et médicaux à destination des étudiants ou encore de l’absence de crèches dans les universités, rappelées dans la pétition susmentionnée.

Ce n’est donc pas dans le champ académique que se situe la genèse de cette proposition de loi, mais dans le champ politique et dans la concurrence qui s’y joue entre professionnels de la politique. Mme Boistard reprend cette proposition, à quelques semaines des élections départementales, à certains ténors de la droite, à des fins électoralistes à peine voilées (sans jeu de mots) : en préemptant la thématique de la stigmatisation des musulmans à ses adversaires (la droite l’ayant déjà reprise au FN), le PS espère récupérer des voix auprès d’un électorat qui ne lui est pas traditionnellement acquis. On ne peut que souscrire au constat d’une déshérence idéologique profonde du PS – analysé dans les travaux de Rémi Lefebvre sur le PS (2) – dans un contexte où cette «gauche» a abandonné ses valeurs et propositions (quid du vote des étrangers aux municipales ? de la PMA ? de la renégociation du traité européen pour privilégier la croissance et l’emploi ?) pour se ranger à l’austérité.

Alors, s’il vous plaît, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, ayez au moins la décence de ne pas dissimuler vos errances électoralistes sous le voile du féminisme ! Et n’allez pas crier au loup au soir du 22 mars si d’aventure le FN venait à faire un score élevé : vos politiques d’austérité et de stigmatisation des jeunes des quartiers populaires font le lit de l’extrême droite qui a toujours prospéré sur la misère sociale et la recherche d’un ennemi intérieur, que vous leur servez là, sur un plateau d’argent.

(1) «Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman »», par Abdellali Hajjat, Marwan Mohammed, La Découverte, 2013. (2) «Les Primaires socialistes : la fin du parti militant», éd. Raisons d’agir, 2011.

Julie Pagis est chercheure en sociologie politique au CNRS.

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La «néolaïcité» ou le risque d’amalgame

LIBERATION 11 mars 2015

TRIBUNE

Deux mois après les tueries de Charlie Hebdo, de Montrouge et du supermarché Hyper Cacher, la laïcité – plus précisément une néolaïcité – est au centre des débats publics. Le cadrage «néolaïque» s’est encore imposé. Des acteurs politiques de droite comme de gauche établissent un lien entre les attentats de janvier et de supposées menaces sur la laïcité. Lire l’article.

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Les mouvements populistes anti-musulmans aux Etats-Unis

Rencontre-débat Jeudi 19 mars avec Nadia Marzouki

A la LDH – 138, rue Maracadet – 75018 Paris

Cette communication évoquera les mouvements anti-musulmans qui se sont multipliés aux Etats-Unis depuis la fin des années 2000 et qui protestent contre la construction de mosquées ou contre la prétendue infiltration de la Sharia dans les tribunaux américains. Le discours anti-musulman s’inspire d’une longue tradition de rhétorique populiste, qui a été utilisée contre plusieurs minorités religieuses. Aujourd’hui, dans la rhétorique des Tea Parties, l’opposition entre  Amérique et islam se superpose à l’opposition entre peuple et élite. Si ce discours populiste anti-musulman s’est étendu au-delà des cercles des activistes des Tea Parties, les musulmans américains ont toutefois réussi eux aussi à se faire une place dans  la culture mainstream et dans le grand récit national du pluralisme et de la démocratie.

Nadia Marzouki, docteure en science politique de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (2008) est chargée de recherche au CNRS et membre du CESPRA. Ses recherches examinent les controverses sur l’islam aux Etats-Unis et en Europe, et les débats sur la liberté religieuse en Occident et au Maghreb. Elle est l’auteure de L’Islam, une religion américaine? (Le Seuil, 2013) et a co-édité avec Olivier Roy et Duncan McDonnell, Saving the People, how Populists Hijack Religion? (Hurst, 2015).

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Après-Charlie : dire haut et fort le droit, l’équité et la dignité

Rédigé par Sonia Dayan-Herzbrun | Mardi 10 Mars 2015
Le 8 mars est célébrée la Journée internationale des droits des femmes, ce qui offre un prétexte de plus aux médias pour s’indigner du sort que les pays dits musulmans réservent aux femmes. Bien entendu, c’est l’islam qu’on incrimine, et jamais les systèmes de pouvoir qui invoquent la religion pour mieux opprimer et réprimer leurs populations, et flatter les plus bas instincts de certains des hommes qui la composent pour mieux s’assurer de leur soutien ou de leur silence.

Le pseudo-féminisme islamophobe des médias dominants a-t-il été exacerbé par la peur qu’ont suscitée les attentats des 7 et 9 janvier ? « Je suis Charlie », ce slogan imposé, dans lequel on a d’abord voulu ne voir qu’une exigence de liberté d’expression, s’est-il transformé en l’impératif d’adhérer aux idées couramment associées aux dessins et aux textes de Charlie Hebdo ?

On est en droit de le penser, surtout après avoir écouté tous ceux qui sont venus témoigner de leur souffrance au meeting contre l’islamophobie qui s’est tenu à Saint-Denis vendredi 6 mars. Mais ces témoins étaient d’une dignité et d’un courage extraordinaires.

C’est cela aussi, ce que l’on appelle l’après-Charlie. Cette volonté de ceux que l’on cherche à faire taire et à rendre invisibles, de ne pas baisser la tête. Contre la mauvaise foi (en tous les sens du terme), la rage et la bêtise ambiantes, obliger à voir, à entendre, à faire advenir le droit et l’équité. Obnubilés qu’ils sont par la peur et de perdre les élections et de déplaire au patronat, ceux qui nous gouvernent ne voient et n’entendent rien.

Quand il est question de dignité, d’égalité, de respect, ils ne pensent qu’en termes de peinture dans les cages d’escaliers ou de carte scolaire. Certes, embellir un peu l’habitat et mettre quelques enseignants de plus dans les écoles ne fera pas de mal mais cela ne permettra pas aux Français de confession ou de culture musulmane de se sentir en pleine sécurité dans ce pays qui est le leur.

Car n’est-ce pas en termes de sécurité que sont prises toutes ces mesures de l’« après-Charlie » qui ont conduit des gamins de primaire au commissariat de police ? N’est-ce pas au nom de la sécurité qu’on vient d’interdire la tenue d’une conférence sur la Palestine à l’université Paris 8 ? La sécurité, c’est la sécurité de toutes et de tous. Elle n’a ni race ni couleur.

Pour toutes celles et tous ceux qui, comme moi, considèrent que l’on peut parfaitement être démocrate, républicain même, et croyant, et que l’islam a toute sa place parmi les religions qui coexistent à France, à côté de l’agnosticisme qui est tout aussi respectable, l’exigence de respect, de partage et d’écoute est primordiale.

Les événements de janvier nous ont peut-être permis d’en prendre conscience et de le dire haut et fort, comme nous ne l’avions jamais fait auparavant.

****
Sonia Dayan-Herzbrun est professeure émérite à l’université Paris Diderot, présidente de la Commission Islam et Laïcité.

 

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« Neutralité » religieuse dans les crèches et les universités ? Halte à la stigmatisation des musulman·e·s !

par le Gisti

Depuis le milieu des années 1980, la litanie des lois relatives à l’immigration qui reviennent avec la régularité d’un métronome concourt à la mise à l’index d’une partie de la population : celle qui est aussi la cible des discours xénophobes. Participe de cette mise à l’index la stigmatisation des femmes portant un voile et, au-delà, de l’ensemble des musulmans et des musulmanes, devenus la préoccupation obsessionnelle de la classe politique.

Alors que tous les responsables politiques ont crié haut et fort, après les attentats de janvier 2015, qu’il fallait se garder de tout amalgame et ne pas rejeter sur les musulmans de France la responsabilité des attentats terroristes, voilà que les uns et les autres mettent aujourd’hui en avant la nécessité de légiférer, une fois de plus, sur des pratiques liées à l’islam, en proscrivant le port de tenues et de signes religieux jugés « ostentatoires ».

On voit ainsi les socialistes avec leurs alliés radicaux de gauche, d’un côté, l’UMP, de l’autre, faire assaut d’imagination et se livrer à un véritable concours Lépine de l’extension du domaine de la « laïcité » au nom d’une neutralité religieuse… dirigée exclusivement contre les musulmans et plus particulièrement les musulmanes.

 
Ces dernières semaines ont ainsi refait surface deux propositions lancées dans le débat public depuis quelques années. L’UMP, en la personne d’Éric Ciotti, a déposé une proposition de loi afin d’étendre aux établissements publics d’enseignement supérieur le champ d’application de la loi du 15 mars 2004 interdisant « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » dans les écoles, collèges et lycées publics. À rebours de l’ensemble des positions constamment exprimées par la communauté universitaire et relayées par les présidents d’université, la secrétaire d’État aux droits des femmes a cru bon d’aller dans ce sens en affirmant qu’elle n’était pas « sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur ».

Et le 12 mars l’Assemblée nationale discutera, à l’initiative des radicaux de gauche, d’une proposition de loi adoptée par le Sénat en janvier 2012. Elle vise à imposer la « neutralité » dans les « établissements et services accueillant des enfants de moins de six ans ». Dans sa rédaction initiale elle incluait même « l’assistant maternel dans le cours de son activité d’accueil d’enfants » : autrement dit, les « nounous » n’auraient plus eu le droit de porter le voile, même chez elles ! Face au risque de voir déclarer inconstitutionnelle l’immixtion du législateur dans la façon de s’habiller à son domicile, cette dernière disposition a pour l’instant été retirée… en attendant qu’elle réapparaisse un jour dans une future proposition de loi….

Même s’il concernait les seuls lieux d’accueil collectifs de jeunes enfants, le texte resterait dans tous les cas profondément stigmatisant pour les femmes portant un voile, ainsi suspectées de ne pas pouvoir agir en professionnelles. Stigmatisant, mais aussi discriminatoire, car c’est encore tout un pan d’emplois qui se fermerait, sur la base de critères pourtant prohibés, à une partie de la population économiquement fragilisée : ces femmes sont en effet déjà victimes de multiples entraves pour l’accès à l’emploi et, pour certaines d’entre elles, de l’interdiction d’accès aux professions réservées aux nationaux.

Ces propositions viennent s’ajouter à des pratiques déjà bien enracinées, telle l’interdiction fréquemment faite aux mères portant le voile d’accompagner les sorties scolaires ou les obstacles mis à l’accès à la nationalité des personnes musulmanes – ou considérées comme telles – soupçonnées de ne pas faire leurs les « valeurs républicaines » de laïcité et d’égalité.

La stigmatisation des musulmans et des musulmanes au nom d’une conception fallacieuse de la neutralité religieuse contribue à accroître les phénomènes de relégation et les fractures au sein de la société. On ne peut tolérer que l’État crée sans cesse de nouvelles discriminations alors qu’il prétend vouloir les combattre.

10 mars 2015

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Contre le voile à l’université, ou contre quelques étudiantes ?

TRIBUNE

Madame la secrétaire d’Etat déléguée aux droits des femmes,

Nous appartenons à la communauté universitaire et sommes tous en charge d’une mission de service public qui, au-delà de la formation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, participe à construire un espace démocratique qui au jour le jour s’invente comme un espace de dialogues, de débats ; un espace traversé d’antagonismes (y compris avec nos présidences et conseils d’administration), mais aussi de solidarités, un espace ouvert sur le monde dont nous héritons en commun, une agora qui se recrée à chaque heure dans nos amphis, dans nos «cafèts», sur nos parvis ou les murs de nos campus, et ce, malgré les conditions matérielles déplorables qui sont celles de nos institutions. S’il y a bien un lieu dans notre République, où la liberté de pensée et d’expression, ou plutôt, le droit de cité se vit ici et maintenant, c’est encore au sein des universités – et même les tentatives qui ont visé à mettre à mal cette liberté autogérée (en envoyant ces dernières années les forces de l’ordre traditionnellement interdites dans nos espaces en cas de conflit, de contestation ou d’occupation) ne sont pas parvenues à nous désespérer de penser la complexité du monde social et les enjeux du vivre en commun, comme à en expérimenter les conditions possibles.

Or, vous ne pouvez ignorer que depuis plus de dix ans le voile, sur lequel vous vous exprimiez encore récemment, est une question qui n’a fait qu’instrumentaliser à moindres frais les droits des femmes au profit de politiques racistes, aux relents paternalistes et colonialistes – définissant pour les femmes de bonnes manières de se libérer, blanchissant une partie des associations féministes en les dédouanant de s’engager contre le racisme y compris dans leurs propres rangs et, inversement, en permettant à des associations dites «communautaires» d’assimiler le féminisme au bras armé de vos politiques islamophobes. La classe politique et votre parti, en exposant aux discriminations les plus brutales des femmes portant le voile (lynchages de jeunes filles, de femmes enceintes et de mères, discriminations à l’embauche, exclusions des écoles publiques, etc.), ont fait le lit des nationalismes et doivent être tenus pour responsables d’une situation de tension sociale sans précédent.

Vous avez déclaré, en tant que secrétaire d’Etat aux droits des femmes, être «contre le voile à l’université». Indépendamment de l’inactualité nauséabonde d’une telle prise de position, comment pouvez-vous, «au nom des droits des femmes», vous exprimer contre la liberté et l’égalité entre toutes les femmes ? Comment pouvez-vous considérer qu’il serait pertinent dans ce cadre d’exposer une partie des étudiantes aux rappels à l’ordre des instances dirigeantes des universités ou de quelques mandarins en mal de «mission civilisatrice», pourvus d’un droit discrétionnaire à exclure et à réglementer un droit de cité inaliénable et non négociable ?

Vous acceptez ainsi d’être la porte-parole – non pas des femmes – mais d’entrepreneurs de leur seule carrière politique et médiatique, pourvoyeurs de haine et de fantasme. A l’opposé d’une telle rhétorique, en tant que secrétaire d’Etat déléguée aux droits des femmes, votre mission et votre responsabilité, si vous souhaitez vous intéresser à l’université, seraient pourtant des plus nobles mais aussi des plus considérables : depuis des années, aucune politique publique n’a souhaité financer à hauteur de nos besoins un véritable plan national de lutte contre le harcèlement sexuel et le sexisme à l’université, aucune action efficace, pérenne, n’a visé à lutter contre les exclusions et la paupérisation des étudiantes ou des personnels administratifs – qui sont en grande majorité des femmes, et qui assurent, au jour le jour, nos conditions d’études.

Vous voulez œuvrer pour le droit des femmes à l’université ? Remettez en place un service de médecine universitaire digne de ce nom à même de fournir une information et des soins notamment relatifs aux droits reproductifs toujours plus menacés par la «crise» ; assurez-vous que les services sociaux à destination des étudiantes et des personnels ne soient pas systématiquement la première ligne budgétaire que nos présidents et CA suppriment, que des transports publics desservent nos campus dans des conditions acceptables et que des logements décents pour étudiantes soient construits en nombre suffisant, ou même, ouvrez des crèches dans nos universités pour permettre à toutes les femmes de venir travailler, étudier et se former.

Enfin, vous voulez discuter des droits des femmes, de liberté, d’égalité ? Des questions de genre, des droits des minorités sexuelles et raciales, des rapports sociaux tels qu’ils s’articulent aux politiques néolibérales de destruction des services publics et de privatisation des biens communs (qui transforment le savoir en marchandise par le biais de politiques que le PS relaie depuis des années) ? Venez dans nos cours et nos séminaires, dans nos départements, nos équipes de recherches, écoutez les enseignantes, les étudiantes, voilées, pas voilées, qui débattent, construisent ensemble une pensée critique à même de servir les connaissances qui nourriront les bibliothèques de demain comme les luttes menées en commun pour faire advenir un monde meilleur dont vous semblez avoir déjà fait le deuil.

Parmi les signataires :Catherine Achin Professeure des universités, Paris-IX, Jean Baubérot Professeur des universités émérite, EPHE, Hourya Bentouhami Maîtresse de conférences, université Jean- Jaurès, Laure Bereni Chargée de recherches, CNRS-Centre Maurice- Halbwachs, EHESS, Ahmed Boubeker Professeur des universités, université Paul- Verlaine, Judith Butler Université de Berkeley, Isabelle Clair Chargée de recherches, CNRS-Cresppa, Paris-VIII, Paris-X, Sonia Dayan-Herzbrun Professeure des universités émérite, Paris-VII, Christine Delphy Directrice de recherches émérite, CNRS-Triangle, Leyla Dakhli Chargée de recherches, CNRS-Centre Marc-Bloch, Elsa Dorlin Professeure des universités, Paris-VIII, Eric Fassin Professeur des universités, Paris-VIII, Nacira Guénif-Souilamas Professeure des universités, Paris-VIII, Abdellali Hajjat Maître de conférences, Paris-X, Chantal Jaquet Professeure des universités, Paris-I Nicolas Jounin Maître de conférences en disponibilité, Paris-VIII, Marwan Mohammed Chargé de recherches, CNRS-Centre Maurice-Halbwachs, Judith Revel Professeure des universités, Paris-X Maboula Soumahoro Maîtresse de conférences, université de Tours, Julien Théry Professeur des universités, université Paul-Valéry, Montpellier, Louis-Georges Tin Maître de conférences, université d’Orléans, Sylvie Tissot Professeure des universités, Paris-VIII.

Les autres signataires sur :https://www.change.org/p/madame-pascale-boistard-secrétaire-d-etat-déléguée-aux-droits-des-femmes-lettre-ouverte-à-la-secrétaire-d-etat-aux-droits-des-femmes

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Alexandre Piettre : « Localement, la majorité des musulmans tient à préserver son indépendance »

L’humanite 27-28/2 et 1/3

 

Chercheur affilié à l’Institut des sciences sociales des religions contemporaines (ISSRC) de l’université de Lausanne et post-doctorant du Groupe sociétés religions laïcités (GSRL) de l’École pratique 
des hautes études (EPHE-CNRS), Alexandre Piettre mène depuis quinze ans un travail de terrain sur 
le renouveau islamique dans les quartiers populaires de plusieurs villes et mosquées d’Île-de-France.

Depuis les attentats, on parle de la radicalisation de certains jeunes. Qu’en est-il des musulmans en France ?

Alexandre Piettre Les dynamiques de réislamisation auxquelles on assiste ne vont pas dans le sens d’une radicalisation des musulmans de France. On peut parler à leur propos de renouveau islamique. Ce sont les acteurs de ce renouveau qui s’opposent à la domination de l’islam de France par les États étrangers et qui s’écartent de l’islam traditionnel promu, par exemple, à la Grande Mosquée de Paris. Les imams traditionnels ne parlent le plus souvent qu’arabe et ne se réfèrent qu’à une seule école jurisprudentielle, en général l’école malékite. Mais les acteurs du renouveau islamique élaborent leur piété à partir de l’ensemble des écoles jurisprudentielles. Ils réinventent leur religiosité dans un contexte nouveau. Cela implique de se transformer soi-même, d’où des cours donnés aux adultes, pratiques et théoriques, pour devenir musulmans. Lire l’article.

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Contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire

le 6 mars 2015
à 19h à la Bourse du Travail de Saint-Denis
8-10 rue Génin, métro Saint-Denis Porte de Paris
Notre solidarité avec les victimes de l’attentat sanglant contre la rédaction de Charlie Hebdo, avec celles de l’attentat antisémite contre l’Hyper Cacher et avec la policière antillaise abattue Porte de Montrouge doit s’étendre à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui pris comme boucs émissaires et qui ressentent au quotidien, notamment dans les quartiers populaires, les effets d’une haine instillée depuis de nombreuses années.
Contre un Patriot Act à la française, nous affirmons notre attachement aux libertés individuelles, aux droits sociaux et aux libertés publiques. Le sacrifice des libertés au nom du tout sécuritaire ne serait que l’expression de notre faillite politique collective.
Les musulmans et musulmanes, qui se défendent avec le vocabulaire du droit et de l’égalité, défendent de ce fait les droits de toutes et tous.
Nous appelons à un meeting de témoignage et de défense des libertés.
Organisations signataires
ACIDE (Agir Contre les Inégalités et les Discriminations Ethno-raciales, Orléans), Association culturelle les Oranges, Association Falsafa (Angers),
AFAPREDESA (Association des Familles des Prisonniers et Disparus Saharaouis), AMF-Fédération (Association des Marocains en
France), APCV (Agence de Promotion des Cultures et du Voyage, Saint-Denis), ARLDFM (Association pour la reconnaissance des droits et
libertés aux femmes musulmanes), ATF (Association des Tunisiens en France), ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France),
ATTAC, Beur FM, Capab (Collectif Antifasciste Paris-Banlieues), CAPJPO-EuroPalestine, CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France),
CCIPPP34 (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien, 34), CEAL (Collectif Enseignant pour l’Abrogation de
la Loi de 2004), Cedetim, CGT Educ’action Créteil, CGT Sony DADC France, Comité 15 mars et libertés, Commission Islam et Laïcité, Comité Montreuil Palestine, Compagnie Erinna – Grèce/Résistances !, Coopérative ouvrière Envie de Lire (Ivry), CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires), Droit
Solidarité, Mouvement Echaâb (Tunisie, Educaislam (Espagne), Ensemble (FdG), EELV (Europe Ecologie Les Verts), FCP (Force Citoyenne
Populaire), Fédération des Associations de Travailleurs et de Jeunes (DIDF), Femmes Plurielles, FFR (Filles et Fils de la République, Créteil),
Fondation Copernic, Fondation Frantz Fanon, FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives), FUIQP (Front Uni des
Quartiers Populaires), IJAN (International Jewish Anti-zionist Network), Les AmiEs de Tarabut (LAT), Junta Islàmica (Cordoue, Espagne), Les
Indivisibles, MTE (Mamans Toutes Egales), MJCF (Mouvement des Jeunes communistes de France), NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste)
«sur la base de l’appel contre l’union sacrée», PCF (Parti Communiste Français), PEJ (Parti Egalité Justice), Polyglotte-C.i.c.c.a.t. (éditions),
PSM (Participation et Spiritualité Musulmane), REMCC (Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture), Respaix

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