Rapport moral Islam et Laïcité 2016

AG du 21 juin 2016

La conjoncture que nous connaissons, marquée par les attentats de janvier 2015 et de novembre 2015, a induit une série de raidissements et d’affolements autour de la laïcité, perçue comme menacée par ces événements, et partant une vague d’islamophobie sans précédent, véhiculée par de nombreux médias, des discours publics, des intellectuels, des groupes politiques, qui se traduit par une débauche de propositions de lois d’origines diverses, mais qui toutes vont dans le sens de restrictions apportées aux pratiques religieuses et aux affirmations identitaires religieuses, musulmanes pour l’essentiel, en méconnaissant ouvertement le sens de la loi de 1905 et les libertés religieuses fondamentales. Plus que jamais notre association est au cœur de ces enjeux, qui menacent de prendre une place considérable dans les débats de l’élection présidentielle de 2017, comme s’en inquiète dans son récent rapport le Président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco. Il nous faut en permanence rappeler que la laïcité, au sens plein du terme, signifie à la fois la neutralité de l’Etat et de la loi envers les diverses convictions religieuses, et la liberté des personnes dans leurs convictions, l’expression de celles-ci et les pratiques cultuelles de leur choix. Il nous faut combattre un certain usage des rhétoriques laïques et républicaines qui comportent un risque de dérive identitaire nationaliste comme le choix par le Front national comme par certains secteurs de la droite et aussi de la gauche le montre à l’envi.

Ces deux axes ont été ceux des formations que nous avons initiées cette année (2015-2016) en tant qu’association islam et laïcité, mais aussi des nombreuses interventions auxquelles plusieurs d’entre nous ont participé, parfois à titre personnel, mais en « représentant » d’une manière ou d’une autre notre association, à la demande de structures diverses (associations de travail social, Direction de la solidarité et de la cohésion sociale des départements, municipalités, centres sociaux, etc.). Il nous faudra dans l’année qui vient intensifier ces efforts.

Le combat contre l’islamophobie, sans verser dans la surenchère victimaire, ne doit pas être abandonné au nécessaire réflexe de défense des musulmans eux-mêmes, mais doit devenir l’un des axes centraux de notre combat commun. L’islamophobie étant désormais l’expression consacrée, entre autres par la CNCDH et par les instances européennes, qui désigne, au-delà de la critique légitime des religions, la réduction des musulmans à une religion immuable, fondée sur des tables de la loi immuables qui les définirait et en ferait un ensemble homogène et hostile. C’est donc tout naturellement que notre association s’est inscrite dans le combat contre l’islamophobie, comme l’attestent notre participation à des appels, meetings, manifestations sur ces thèmes en partenariat avec d’autres, ainsi que les communiqués que nous avons publiés (consultables sur le site).

Pour mener à bien cette tâche, il nous faut encore approfondir la réflexion sur les enjeux de ces questions, ce que nous avons fait cette année avec les séances du séminaire ainsi qu’avec la journée de travail du 30 mars, consacrée à la fameuse question de la radicalisation, avec plusieurs spécialistes, historiens, sociologues et psychologues et que nous continuerons cette année (2016-2017) autour du thème « le religieux (et plus particulièrement l’islam) et l’entreprise ».

Mais nous ne pouvons pas nous limiter à cette dimension, aussi nécessaire soit elle : l’originalité de notre positionnement fait que nous sommes à la fois en relation avec les associations et mouvements « généralistes » de la société française et avec des mouvements regroupant de manière privilégiée des musulmans. Il nous faut favoriser leur rencontre, décloisonner les initiatives de lutte contre l’islamophobie et rendre ceux qui ne le sont pas encore sensibles à l’impact de cette question sur la société française dans son ensemble. C’est pourquoi notre responsabilité première à cette fin est de relancer les organisations antiracistes, de défense des droits de l’homme et plus largement les organisations démocratiques, ainsi que les nouvelles émergences de mouvements antiracistes souvent plus jeunes, pour avancer avec elles dans cette direction et contrecarrer les tendances liberticides et islamophobes auxquelles la société française est exposée. En premier lieu, nous devons étudier avec les organisations les plus proches dans un premier temps (Ligue des droits de l’homme, Ligue de l’enseignement CCFD, Amnesty International, CFDT, CGT, UNSA, FSU), les modalités d’un travail en commun (pouvant prendre la forme d’une conférence de consensus) pour déboucher sur une déclaration commune et l’organisation d’un large rassemblement sur ces questions. Ce qui devrait pouvoir se faire selon le calendrier suivant :

Septembre à décembre 2016 : entamer une série de rencontres bilatérales ISL avec chacune de ces organisations pour vérifier les points d’accord et éventuellement relever les difficultés. Leur soumettre cette proposition.

Janvier à mars 2017 : constitution d’un groupe de travail pluraliste destiné à déboucher sur l’adoption d’une déclaration commune et d’une initiative publique, qui devrait prendre place avant l’échéance présidentielle.

Ainsi, notre travail effectué en 2016 devrait pouvoir trouver en 2017 des prolongements féconds.

 

Le Président, Joël Roman

 


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