Communiqué : Attaques inquiétantes contre un colloque organisé dans l’académie de Créteil 

Le colloque «Penser l’intersectionnalité dans les recherches en éducation» qui vient de se dérouler, les 18 et 19 mai, dans locaux de l’ESPE (École Supérieure du Professorat et de l’Éducation) de Créteil a suscité une salve, non point de critiques polémiques, mais d’attaques, demandes et démarches pressantes en vue d’interdire sa tenue : « Le prochain ministre de l’Education serait bien inspiré d’interdire ce genre de manifestation », [Jean-Paul Brighelli, La lettre de Causeur du 19 mai] ; «Nous appelons à la déprogrammation de cette manifestation inacceptable, par les autorités qui ont entre leurs mains la responsabilité d’agir pour l’empêcher.», [CNAFAL, 17 mai] ; «Aussi, nous vous demandons, Madame la Rectrice, d’user de tous vos pouvoirs pour interdire la tenue de ces journées au sein de l’ESPE de votre académie », [Comité Laïcité République, communiqué du 12 mai] ;  L’UFAL demande «l’annulation immédiate de ce colloque par l’autorité de tutelle, à savoir le Rectorat de l’académie de Créteil. », [12 mai] ; «Il en va de la solidité de la République d’annuler la tenue de ces journées d’études identitaires. », [MRC94, 11 avril].

Marine Le Pen s’en est pour sa part prise à ces journées d’études lors de son meeting du vendredi 14 avril à Perpignan en reprenant à son compte des éléments de langage du communiqué du MRC publié le mardi précédent : « Les Indigènes de la République ont carte blanche à l’ESPE de Créteil», « L’académie de Créteil organise la formation des futurs enseignants en invitant les Indigènes de la République. »

Ces attaques témoignent de la volonté de certains courants d’imposer une cécité totale sur les phénomènes de discriminations sociales ou raciales dans des institutions. Or la description et l’analyse de ces phénomènes, sur lesquelles le colloque a apporté l’éclairage de recherches récentes, ne sont pas des inventions de « communautaristes » ou d’« antirépublicains ». Ces censeurs auraient pu trouver le temps de lire (depuis 1964) Les Héritiers ou La Reproduction de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron,  les ouvrages de Christian Baudelot et Roger Establet,  ou le tout récent rapport sur « Les discriminations dans l’accès à l’emploi public » confié à Yannick L’Horthy et remis le 12 juillet dernier au Premier ministre Manuel Valls.

Ces courants n’acceptent pas que dans un colloque de l’Education nationale les idées sont libres.

Nous ne subordonnons pas la légitimité d’une recherche à l’affichage de conclusions « politiquement correctes » ou à sa conformité à la ligne officielle. Mais nous savons, par ailleurs, que celles et ceux des intervenants que nous connaissons pour les avoir invités lors de sessions de notre association, sont des défenseurs convaincus de la laïcité et des libertés civiles, des personnes engagées dans la lutte contre toutes les formes de racisme, aux antipodes des qualificatifs dont elles et ils ont été abreuvés à cette occasion.

La laïcité qui nous est chère n’est pas une chape idéologique, mais, telle que portée par la loi de 1905, un outil d’égalité, de liberté, de lutte contre les discriminations.

Dans le contexte des bouleversements politico-idéologiques en cours, il nous semble crucial, d’aborder sereinement ces questions qui traversent les lignes de clivages politiques existant aujourd’hui. Nous sommes prêts à y contribuer.

 

La Commission Islam & Laïcité,

Paris le 21 mai 2017

 


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