Qu’est-ce que la laïcité à la française ?

La Vie des idées,

Jean-Fabien SPITZ

La laïcité républicaine, soutient Patrick Weil, doit contenir le religieux hors de l’espace
public. N’est-ce pas demander à la loi davantage que ce qu’elle est en droit de faire ? Et
se méprendre sur l’égalité républicaine ?
À propos de : Patrick Weil (avec Nicolas Truong), Le Sens de la république. Les réponses aux
onze questions que tout le monde se pose sur l’immigration, l’identité nationale, la laïcité, le
religieux, les discriminations, les frontières, Paris, Grasset, 2015, 180 p., 17 €.

Spitzlaicite

 

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24-25 octobre : Colloque Laïcité de la Ligue de l’Enseignement

http://150ans-laligue.org/150ans-portail/la-laicite/

Ecouter les enregistrements du colloque de la Ligue de l’enseignement des 24 et 25 octobre

110 ans après le vote de la loi de 1905, la laïcité est toujours un enjeu politique
et sociétal. Elle est au coeur de l’actualité médiatique. Les combats d’hier étaient
organisés autour du cléricalisme, de la liberté de pensée et de la fameuse « question
scolaire », notamment contre le financement public des établissements privés
confessionnels. Télécharger Colloque laïcité 2015 programme

 

 

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DERIVES IDENTITAIRES

par Robert Bistolfi, mai 2015

 

Article paru dans le n°93 de Confluences Méditerranée (Printemps 2015), dont le dossier central est consacré aux Roms et Tsiganes en Europe méditerranéenne

 

Comté de Nice: une culture régionale face à l’extrémisme

 

La France est riche de personnalités régionales dont l’affirmation ne menace pas, en soi, la cohésion républicaine. Le Comté de Nice, qui doit à l’histoire une forte identité culturelle et linguistique, a vu aussi sa population profondément brassée au cours du dernier demi-siècle. Dans cette terre traditionnellement conservatrice, un repli protecteur sur la culture dialectale a prévalu. Compréhensible, ce repli est devenu inquiétant lorsque, avec la crise des dernières années, une affirmation identitaire extrémiste a contaminé un pan de la « nissardité ». Doublant une UMP déjà très droitière et un FN bien implanté, certains mouvements franchement xénophobes, racistes et islamophobes ont acquis pignon sur rue. Cette dérive, décrite et dénoncée ici, pourrait aussi être annonciatrice de risques semblables dans d’autres régions à la personnalité historique affirmée. Mais le régionalisme n’est pas maurrassien par nature : on évoquera aussi les actions qui, en s’appuyant sur l’appartenance du pays niçois à l’espace d’Oc, pourraient du sein même de la culture niçoise agir en contrefeux. Continuez la lecture

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L’instrumentalisation du religieux …

dans une nouvelle construction du « eux » et du « nous ». L’Islam comme nouvel ennemi

Saïd Bouamama

La référence à l’Islam est aujourd’hui récurrente dans nombre d’analyses et structure pour une bonne part le paysage idéologique qui est le nôtre. Cette question sensible au vu des réactions qu’elle provoque n’est pas innocente, et, comme les autres intervenants*, je considère qu’il y a très peu de religieux dans tous ces événements auxquels on a affaire en la circonstance.

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Pour appréhender le phénomène, le mieux est de faire appel au vieux réflexe de contextualisation, contextualisation historique, économique mais également géostratégique. Je commencerai donc par souligner quelques éléments qui me semblent incontournables et qui vont m’amener à critiquer les explications que l’on nous assène au niveau médiatique et politique et qui se trouvent parfois reprises par le monde à prétention savante.

Disparition du monde bi-polaire et exacerbation des contradictions

En premier lieu, il s’agit de se pencher sérieusement sur cette grande transformation qu’a représentée la disparition du monde bi-polaire après la chute des pays de l’Est et dont on n’a pas fini de saisir les effets systémiques directs ou indirects. Ce monde bi-polaire a structuré et organisé les équilibres régionaux et continentaux. La disparition de cet équilibre vient re-questionner nos approches de ce qui se joue dans le monde actuellement et ce quelle que soit l’analyse que les uns et les autres ont pu faire de cette période de l’humanité. C’est un élément clé.

Un des premiers effets va être l’exacerbation d’une concurrence entre grandes puissances que l’existence d’un ennemi commun avait réussi à contenir jusque là. En un mot cette tension bi-polaire faisait que les contradictions internes aux Etats-Unis et à l’Europe, à l’intérieur même de l’Europe, étaient réfrénées, canalisées. Aujourd’hui, on ne peut comprendre certains conflits sans prendre en compte le jeu de chacune des grandes puissances, de la France, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne… On ne peut rien comprendre par exemple au conflit algérien de la décennie 90 -une guerre prétendument civile- si on ne prend pas en considération les soutiens successifs, apportés à des moments différents, à des groupes qui utilisaient l’Islam à des fins politiques et si l’on n’établit pas de relation avec l’enjeu que représentent le gaz et le pétrole algériens.

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Quand des féministes soutiennent des lois racistes

http://lmsi.net/Quand-des-feministes-soutiennent

Retour sur dix ans de dérives idéologiques

par Christine Delphy
30 juillet 2015

L’attitude française majoritaire à l’égard du « hijab », c’est-à-dire du foulard porté par certaines femmes musulmanes, est incompréhensible pour le reste de la planète. Pas seulement incompréhensible : elle est répréhensible. C’est ce qu’explique Christine Delphy dans une tribune publiée dans The Guardian. Nous publions ici la traduction en français du texte original.

La première mesure ouvertement anti-musulmane a été le passage d’une loi en 2004 qui interdit aux jeunes filles d’aller à l’école en portant un « foulard islamique » – ce qu’il était appelé alors, avant de devenir, dans le patois journalistique, un « voile ».

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Rapport du CCIF sur l’Islamophobie en France

Rapport sur l’Islamophobie en France
Six mois après les attentats de Janvier
1er semestre 2014 / 1er semestre 2015

IslamophobieCCIFPDF

 

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Vers une Europe post-occidentale

Nilüfer Göle

Musulmans au quotidien. Une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam.

Éditions La Découverte. Paris 2015. 20€

par Sonia Dayan-Herzbrun dans La Quinzaine Littéraire, n° 1131, juillet 2015

 

Voici plus de vingt ans que Nilüfer Göle interroge l’islam contemporain, en étudiant l’entrée de l’islam dans la sphère publique européenne, et en émettant l’hypothèse de modernités multiples, qui ne sauraient se réduire à un seul visage. Entre 2009 et 2013, elle a mené une vaste enquête (entretiens et discussions de groupe) dans vingt et une villes de différents pays européens où l’islam a fait irruption, devenant visible dans des espaces où on ne l’attendait pas, et qui sont ceux du vivre en commun. L’historienne Jocelyne Dakhlia, a mis en lumière, dans un ouvrage consacré aux musulmans dans l’histoire de l’Europe[1], la longue présence musulmane dans l’espace européen, mais aussi son peu de visibilité. C’est bien cette nouvelle expression publique de la foi par des musulmans qui cherchent à suivre les prescriptions religieuses dans leur vie quotidienne, sans plus se cacher, qui interroge. Nilüfer Göle ne la lie pas aux attentats, aux tueries, qui menacent les valeurs constitutives de la démocratie occidentale, et qui certes se situent dans une longue chaîne de controverses dont ce livre présente une remarquable analyse, mais qui sont condamnés, faut-il le rappeler, par la très grande majorité des musulmans vivant en Europe. L’Europe, dont il est question ici, est plus culturelle que politique : c’est l’Europe hantée par le spectre de l’islam, pour reprendre l’expression naguère utilisée par Maxime Rodinson et Edward Said. Elle englobe la Suisse, où a eu lieu en 2009 un referendum pour interdire la construction de minarets, ou encore la Turquie et la Bosnie, – tous pays qui ne font pas partie de l’Union européenne, mais qui sont autant de lieux de rencontre avec l’islam. Rencontre, au sens où la rencontre peut être duel ou dialogue.

Même si ce livre peut se lire comme une réponse tranquille à l’islamophobie, ce n’est pas la construction de l’islam comme problème[2] qui intéresse la sociologue, mais au contraire l’islam, sous ses formes diversifiées, tel que le vivent aujourd’hui les « musulmans ordinaires » citoyens d’un pays d’Europe, mais aussi les non-musulmans. La guerre en Bosnie avait mis en évidence l’existence d’un islam d’Europe. Celui-ci s’est implanté dans bien d’autres lieux traçant des configurations et des hybridités diverses. Si, comme le fait Nilüfer Göle, on prête attention aux transformations en cours dans la vie quotidienne des Européens et des Européennes, on voit se dessiner non pas une Europe binaire, scindée en deux, dans laquelle s’opposeraient musulmans et Européens, mais quelque chose qui ressemble à un tapis, tissé avec des fils de toutes les couleurs, « un tapis tissé par les multiples fils des citoyens, musulmans et non-musulmans, un produit collectif, presque anonyme, mais avec des motifs distincts indiquant les nouvelles manières de faire » (p.25). L’Europe, vue sous ce regard, est le lieu d’une créativité publique que dans sa démarche de recherche, l’équipe dirigée par Nilüfer Göle, n’a cessé d’encourager, incitant à remplacer le rejet et l’anathème par la controverse démocratique. Continuez la lecture

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Attentats de janvier 2015 : le séisme et ses répliques

Robert Bistolfi

dans Confluences Méditerranée, numéro d’été : « Crises sans frontières »

 

 

Les valeurs républicaines à l’épreuve

Tout tremblement de terre s’accompagne de répliques, et celles générées par les deux attentats de janvier 2015 (contre Charlie Hebdo et le magasin cacher) pourraient se révéler aussi dangereuses – sinon plus – que les attentats eux-mêmes. Au-delà de toutes leurs attentes, les terroristes auraient-ils vaincu, avec des moyens dérisoires, en touchant la démocratie au cœur ? Un simple suivi au jour le jour, dans la presse, de ce qu’ont été les réponses gouvernementales et les réactions de certains responsables politiques conduit à additionner les interrogations préoccupantes. Elles portent davantage sur les fragilités d’ensemble de la société française que sur l’adhésion de sa composante de culture musulmane aux valeurs de la République. Sur fond d’islamophobie croissante, la nature des dispositions sécuritaires, l’abandon des quartiers sensibles, l’institution laïque dérivant en idéologie autoritaire… laisse mal augurer de l’avenir.  

L’unanimisme dans la condamnation des attentats de Charlie Hebdo et du magasin cacher a pu faire illusion: Dieu sait si les valeurs de la République ont été exaltées alors! Mais les musulmans ne s’y sont pas trompés: ils ont été peu nombreux dans les manifestations, non pas que les principes de base de la légalité républicaine puissent poser problème à l’immense majorité d’entre eux, mais ils savent d’expérience que la fraternité dont on parle abondamment les excluait, que l’égalité leur serait contestée, et que la liberté d’être eux-mêmes ne serait jamais admise que dans un espace très – trop – contraignant.

Parmi les millions de personnes qui ont manifesté dans l’émotion, nombreux ont sans doute été ceux qui ont voulu affirmer leur attachement à des libertés conquises jadis de haute lutte, en disant aussi leur espoir que l’action de l’Etat sera à la hauteur des défis collectifs de l’heure. Mais au-delà – et reflétant l’ampleur du désarroi – l’aspiration à une « démocratie autoritaire » s’est aussi exprimée beaucoup plus librement, avec une polarisation du malaise sur l’islam et les musulmans. Une étude du Cevipof (Centre de recherches de l’Institut de Sciences Politiques) le confirme : pour 56% des sondés, l’islam est une menace pour la République.[1] Mais 68% d’entre eux estiment aussi que « les Français musulmans sont des Français comme les autres« . Ces données à première vue contradictoires expriment le caractère mouvant des inquiétudes et des perceptions, avec le risque prévalant de réponses politiques à courte vue. C’est dire que le cap défini par le pouvoir d’Etat pouvait être déterminant : a-t-il été à la hauteur des enjeux? Aux attentes sociétales, le gouvernement a prétendu répondre à trois niveaux : renforcement de la sécurité, traitement des urgences sociales, « réarmement » politico-idéologique. Continuez la lecture

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« La République est un consensus mou »

Entretien inédit de Philippe Marlière à découvrir sur le site de Ballast
3 juin 2015

Politologue, essayiste (il est notamment le coauteur, avec Liem Hoang-Ngoc, de La gauche ne doit pas mourir ! et l’auteur de La Social-démocratie domestiquée) et professeur de sciences politiques à l’University College de Londres, Philippe Marlière est également membre du mouvement Ensemble. Alors que la France entière s’indigne de l’accaparement de la République par Sarkozy, Marlière marche à contre-sens : et alors ? La République n’a que très rarement été socialiste, dans son histoire. Et comme si ce seul tabou français ne suffisait pas, Marlière poursuit : la laïcité, telle que la classe médiatique et politique la défend aujourd’hui, n’a plus rien à voir avec la loi de 1905 — ses partisans, après avoir tourné le dos à la lutte sociale, l’auraient transformée en instrument de combat contre une partie de la population française. Entretien.

 

Commençons par une notion que vous affectionnez, empruntée à Cécile Laborde : « la laïcité de non-domination ». À quoi renvoie-t-elle ?

La notion de non-domination a en réalité été théorisée par Philip Pettit, un philosophe politique irlandais qui enseigne à l’université de Princeton, aux États-Unis¹. Cécile Laborde² et d’autres chercheurs l’ont popularisée dans les débats en langue française³. La non-domination implique que l’État ne peut imposer aux individus une conception positive de ce que devrait être leur autonomie morale. Pour le dire de façon moins philosophique : l’État, au nom de l’idée qu’il se fait du Bien ou de la Liberté, ne peut pas contraindre les individus à se comporter ou vivre d’une manière particulière. Car, dans ce cas, il n’est plus neutre, mais partisan ; il devient un acteur qui tente d’imposer ou de réglementer les vies privées des individus en fonction de ses propres critères de la « vie bonne ». L’idée selon laquelle l’État doit émanciper les citoyens, parfois contre leur propre volonté, est une manière de penser et d’agir inhérente à la culture républicaine française. Cette tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’est encore renforcée récemment, dans le contexte réel ou fantasmé des crises identitaires que traverserait le pays (je pense ici aux débats incessants sur la laïcité, sur la République ou sur l’identité française). Nicolas Sarkozy avait lancé un débat sur « l’identité nationale » peu après son élection, et Manuel Valls discourt à son tour sur ce thème.

 

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La lIgue de l’enseignement et la pluralité culturelle

Du folklore à la diversité

6 et 7 juillet 2015 – CISP Ravel Paris

Depuis ses origines, la Ligue de l’enseignement est attentive aux cultures populaires.
Sous le Front populaire cet intérêt s’est formalisé avec la création d’une Commission Folklore, devenue ensuite commission des Arts et traditions populaires.
Présidée par Paul Delarue, puis par Pierre-Jakez Hélias, elle a nourri les travaux ultérieurs du secteur culture. Son objet s’est recentré dans les années 70-80, avec Guy Gauthier, sur les langues régionales et minoritaires. Ce travail a contribué à enrichir une réflexion plus large sur la laïcité et la citoyenneté. Il a servi de passerelle vers la prise
en compte des cultures immigrées et de l’islam dans la société du XXe siècle. Depuis sept ans, la Ligue s’interroge sur ces thèmes grâce à une revue européenne dédiée au dialogue interculturel. Quel bilan pouvons-nous en tirer ? De multiples initiatives, associations, publications et festivals font aujourd’hui vivre cette pluralité culturelle au sein et
autour de la Ligue. Comment pouvons-nous les valoriser et les faire connaître ?

Exclusivement sur inscription auprès de Cécile Barres : cbarres@laligue.org

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